À Lorient, le calendrier ne ressemble à celui d'aucune autre ville de cette taille. Ailleurs, la revente de vêtements suit les saisons : on dépose ses manteaux en septembre, ses robes en avril. Ici, une seule semaine du mois d'août pèse plus lourd que n'importe quel mois de l'année, et l'arrivée des étudiants en septembre redessine la demande une seconde fois.
Ville d'un peu moins de soixante mille habitants, agglomération d'environ deux cent mille, Lorient est un port de pêche et une base navale avant d'être une ville de mode. Ça se voit dans ce qui se revend bien, et dans ce qui ne part jamais.
Voici les quatre filières disponibles, ce que chacune rapporte réellement, et le calendrier lorientais à respecter.
Ce qu'une ville portuaire change pour tes vêtements
Trois éléments pèsent directement sur ce que valent tes vêtements ici.
Le climat commande la garde-robe. Il pleut à Lorient une bonne partie de l'année, mais il y gèle peu. Conséquence directe sur la revente : les vestes imperméables, les coupe-vent, les parkas légères et les bottines de pluie trouvent preneur toute l'année. Les gros manteaux de laine et les doudounes épaisses, eux, se vendent mal. C'est l'inverse exact des villes de l'intérieur, et c'est la première erreur des personnes qui déposent un lot d'hiver en espérant les prix qu'elles verraient en Bourgogne ou en Alsace.
La population change deux fois par an. Le campus de l'Université Bretagne Sud et les écoles du bassin amènent chaque septembre une vague de jeunes acheteurs, au budget serré et pressés de s'équiper. Ils partent en juin. Entre les deux, la demande sur le vêtement jeune, la basket et le sportswear est bien plus forte qu'un chiffre de population le laisserait croire.
Une semaine d'août concentre l'affluence de l'année. Le Festival Interceltique, début août, fait venir des centaines de milliers de visiteurs en dix jours. Les boutiques du centre tournent à plein, y compris celles de seconde main, et les vide-greniers du secteur se multiplient autour de cette période. C'est le meilleur moment de l'année pour écouler du volume en local, et le pire pour espérer de la place en rayon : les dépôts sont pleins, et beaucoup n'acceptent plus rien pendant cette fenêtre.
Les quatre filières, et ce que chacune rapporte
1. Le dépôt-vente en boutique. Tu confies tes pièces, la boutique les met en rayon et te reverse une part au moment de la vente, en général entre trente et cinquante pour cent du prix affiché. Tu ne fixes pas le prix, tu ne décides pas des démarques, et tu attends. À Lorient, les rares boutiques dédiées au vêtement se concentrent dans les rues commerçantes du centre, autour de la rue du Maréchal Foch. Appelle avant de te déplacer : la plupart fonctionnent par saison et par catégorie, et refusent tout le reste.
2. Le rachat comptant. Une enseigne ou une friperie t'achète le lot immédiatement, souvent entre dix et vingt pour cent de ce qu'elle espère en tirer. Tu repars payée le jour même. C'est la solution la plus rapide et la moins rentable, et elle se défend parfaitement quand le but est de vider une armoire avant un déménagement, pas d'en tirer le maximum.
3. Les vide-greniers et brocantes. Le Morbihan en compte beaucoup d'avril à octobre, et davantage encore autour du festival. Tu gardes tout ce que tu encaisses, mais tu y passes ta journée, et les prix pratiqués restent bas : quelques euros la pièce. C'est efficace pour le volume, pas pour la valeur.
4. La vente en ligne, seule ou déléguée. C'est la seule filière où ta pièce échappe au marché local. Une veste de marque vaut ce que le marché national est prêt à payer, pas ce qu'un acheteur lorientais consent à mettre un mardi de novembre. Tu peux t'en occuper toi-même, ou confier ton lot à une vendeuse professionnelle qui photographie, publie, répond aux acheteurs et expédie à ta place, contre une commission. Avant de décider, prends dix minutes pour estimer le prix d'un vêtement d'occasion : c'est ce chiffre qui te dira si ta pièce mérite mieux que le rayon d'à côté.
Si cette dernière option te parle, tu peux trouver une vendeuse professionnelle près de chez toi et lui remettre ton lot en une fois. Elle n'a pas besoin d'habiter Lorient : un carton part en point relais, et la suite se règle à distance.
Le calendrier lorientais, mois par mois
Janvier et février : à éviter. Les soldes écrasent les prix du neuf, et personne ne paie une pièce d'occasion au prix fort quand la même se trouve démarquée en vitrine.
Mars à mai : la bonne fenêtre du printemps. Les boutiques reconstituent leur rayon mi-saison. C'est le moment de déposer les vestes légères, les imperméables et les robes. La demande sur l'imperméable ne s'arrête jamais vraiment ici, mais c'est à ce moment que les rayons ont de la place.
Juin : creux. Les étudiants partent, les familles préparent les vacances, les dépôts trient avant l'été.
Juillet et début août : le pic de fréquentation, pas le pic de dépôt. Vends en direct, sur un vide-grenier ou en ligne, mais n'espère pas placer un lot en boutique : elles sont pleines et beaucoup ferment leurs dépôts avant le festival.
Fin août et septembre : le meilleur moment de l'année. Les étudiants arrivent et cherchent à s'équiper vite et pas cher, les familles font la rentrée, et les boutiques ont fait de la place après l'été. Si tu ne dois déposer qu'une fois dans l'année, c'est maintenant.
Octobre à décembre : correct sur le vêtement de pluie et le chaud léger. Les pièces techniques et les parkas partent bien. Les manteaux lourds, beaucoup moins.
Ce qui se vend bien à Lorient, et ce qui ne se vend pas
Se vend bien : l'imperméable et le coupe-vent, la parka légère, la marinière et le vêtement marin authentique, le sportswear et la basket, le vêtement d'enfant en bon état, et tout ce qui relève du technique et de l'outdoor. La voile et le nautisme font partie du paysage, et une veste de quart ou un ciré de marque trouve preneur là où il resterait en rayon ailleurs.
Se vend mal : le manteau de laine épais, la doudoune volumineuse, la tenue de soirée, le tailleur de bureau. Lorient n'a pas le tissu de cadres tertiaires qui fait vivre ce rayon dans une préfecture administrative, et l'hiver y est trop doux pour le reste.
Pour les pièces de marque, la règle est la même qu'ailleurs en Bretagne : la valeur se trouve en ligne, pas en local. Une boutique lorientaise reprendra ta pièce au tarif du marché lorientais, ce qui est logique de sa part et défavorable pour toi. Le même raisonnement vaut à Vannes, à une heure de route, où le marché est différent mais la conclusion identique.
Par où commencer, concrètement
Fais trois tas.
Le premier contient tes pièces de marque et tout ce qui est technique, marin ou outdoor en bon état. Celles-là partent en ligne, ou chez une vendeuse professionnelle, parce que c'est là qu'est la valeur et qu'il faut une audience plus large que le pays de Lorient. Si tu veux comprendre comment ces vendeuses travaillent avant de leur confier quoi que ce soit, la formation DressKool détaille le métier de bout en bout.
Le deuxième tas va en dépôt-vente si on est en fin août ou au printemps, et sur un vide-grenier du Morbihan sinon.
Le troisième tas ne se vend pas : donne-le à une association ou dépose-le en borne textile. Le temps que tu passerais à essayer de le vendre coûte plus cher que ce qu'il rapporterait.
Et si l'idée de gérer tout ça toi-même te décourage, sache que c'est exactement ce que règle le fait de vendre ses vêtements sans effort : tu remets un lot, quelqu'un s'occupe du reste, et tu touches ta part à la vente.